l’Assomption


Brève histoire
de la fête de l’Assomption en France
Extrait de la Revue Itinéraire - Jean Crété

        La Très Sainte Vierge Marie est honorée en la fête de son Assomption comme
patronne principale de la France. Bien entendu l’Assomption est, avant tout, une fête catholique qui appartient à l’Église universelle ; elle remonte au moins au Vème siècle, et elle atteste la croyance antique des pasteurs et des fidèles à la glorification en corps et en âme de la très Sainte Vierge Marie, croyance qui est devenue un dogme de foi solennellement défini par Pie XII le 1er novembre 1950. Cette définition a entraîné la composition d’une nouvelle messe qui exprime plus clairement la foi de l’Église en l’Assomption corporelle de Marie.
        Notre pays, comme d’ailleurs beaucoup d’autres, a toujours eu une vénération spéciale pour la Sainte Vierge ; on en trouve des traces dans la Chanson de Roland et dans bien d’autres écrits. Parmi les reliques contenues dans son épée Durandal, Roland mentionne une dent de sainte Marie : une dent, parce qu’il ne peut exister d’autre relique du corps glorifié et élevé au ciel de la Sainte Vierge.
        Mais le patronage de la Sainte Vierge sur la France résulte du vœu fait par le roi Louis XIII en 1637, pour obtenir la naissance d’un dauphin. En effet Louis XIII, né en 1601, roi en 1610, arrivait à l’âge de 36 ans sans avoir de fils. Pour en obtenir un, il consacra solennellement son royaume à la Sainte Vierge, en faisant vœu, entre autres choses, de rappeler cette consécration par une procession qui se ferait chaque année le 15 août dans toutes les paroisses de France. La naissance, en 1638, du dauphin qui devait être Louis XIV, fut la réponse du ciel à ce vœu. Depuis lors, la Sainte Vierge a constamment été honorée comme patronne de la France en sa fête de l’Assomption. Vint la révolution. Au lendemain du concordat de 1801, Bonaparte fit savoir au cardinal-légat Caprara qu’il ne voulait pas plus de quatre fêtes d’obligation en France, en dehors du dimanche : Noël, l’Ascension, l’Assomption, la Toussaint. Pourquoi Bonaparte, qui avait ainsi supprimé des fêtes aussi importantes que l’Épiphanie et la Fête-Dieu, très populaire, a-t-il conservé l’Assomption ? Tout simplement parce que lui-même était né le 15 août ! C’était son anniversaire, et, dans son esprit, anniversaire et fête étaient synonymes. Devenu empereur, en 1804, il décréta que le 15 août serait la fête de l’empereur ou saint Napoléon. Et il enjoignit au cardinal Caprara d’introduire une fête de saint Napoléon à la date du 15 août. La demande était un peu embarrassante, car la place était prise et, de surcroît, on ne connaît pas de saint Napoléon. Mais un Italien trouve toujours une combinazione pour se tirer d’affaire. Le cardinal Caprara, tout en maintenant, bien sûr, l’Assomption à la date du 15 août, y ajouta une mémoire et une leçon historique du martyr saint Neapolis ; il suffisait de faire commencer la leçon par : Neapolis seu Napoleo, et l’empereur obtenait satisfaction. On a reproché cette petite ruse à Caprara. C’était bien moins grave que d’avoir donné l’institution canonique à dix évêques constitutionnels qui, au dire de Bernier, avaient reçu la bulle du pape : reçu, en ce sens qu’ils en avaient entendu lecture et qu’ils avaient tenu le document dans leurs mains ! On ne précisait pas qu’ils l’avaient rejeté avec de violentes protestations !
        Le 15 août pouvait devenir la saint Napoléon, il restait avant tout la fête de l’Assomption, qu’il redevint exclusivement en 1814. En 1852, Napoléon III rétablit la fête de l’empereur à la date du 15 août, mais sans trop parler de saint Napoléon ; en tout cas, la mémoire de saint Neapolis ne fut pas rétablie.
Qu’était devenue la procession du vœu de Louis XIII sous la Révolution et l’Empire ? Nous ne le savons pas. En tout cas, elle fut célébrée avec éclat sous la Restauration et, avec plus de discrétion, par la suite. Certains diocèses adoptèrent même, sous la Restauration, une fête de la bienheureuse Vierge Marie en mémoire du vœu de Louis XIII, fixée au dimanche dans l’octave de l’Assomption. Cette fête a été supprimée en 1913 en vertu de la règle établie par saint Pie X interdisant l’assignation perpétuelle d’une fête au dimanche. La messe de cette fête était celle de l’Assomption, avec des oraisons propres, dont voici la traduction, d’après le paroissial des fidèles de Mgr Marbeau (édition 1910), qui n’en donne pas le texte latin :
        Oraison : Ô Dieu qui, après avoir élevé au-dessus des chœurs des anges la Très Sainte Vierge Marie votre Mère, l’avez donnée pour patronne à vos fidèles, daignez jeter des regards de miséricorde sur la France que la piété d’un de ses rois a mise, par un vœu perpétuel, sous la protection de cette puissante Vierge. Vous qui vivez...
        Secrète : Ô Dieu à qui un pieux roi de France s’est consacré, lui et son royaume, daignez par cette hostie que nous vous immolons, et par l’intercession de la bienheureuse Vierge, Mère de Jésus-Christ, protéger toujours notre pays. Par le même Jésus-Christ...
        Postcommunion : Ô Dieu qui ne cessez de nous fortifier par vos saints mystères, faites qu’avec la bienheureuse Marie toujours Vierge, nous ayons part aux joies éternelles, nous qui sincèrement dévoués à son culte, l’honorons comme la patronne de notre nation. Par Jésus-Christ...
        La très Sainte Vierge est donc, par la volonté du roi Louis XIII, la patronne ou protectrice de la France. Au XXe siècle, on a précisé : patronne principale, pour bien marquer la préséance de ce patronage marial sur les patronages secondaires de sainte Jeanne d’Arc et de sainte Thérèse de l’Enfant- Jésus, institués l’un en 1922, l’autre en 1944.
        On remarquera que l’oraison citée plus haut parle de vœu perpétuel. En quoi consiste ce vœu perpétuel ? Avant tout, il consiste à considérer la Sainte Vierge comme étant irrévocablement la patronne de la France. En second lieu, il consiste à rappeler chaque année ce patronage, en la fête de l’Assomption, par une procession. Cette procession s’insère normalement entre les vêpres et le salut du Saint- Sacrement. S’il n’y a pas de vêpres, on peut placer la procession avant ou après la messe ; et si le prêtre, contraint d’assurer plusieurs messes, ne peut s’attarder, rien n’empêche les fidèles de faire la procession entre eux. L’intention de Louis XIII était d’instituer une procession extérieure ; il est donc bon de la faire hors de l’église, si c’est possible.
        Le cérémonial de la procession varie selon les diocèses. On chante toujours, en premier lieu, les litanies de la Sainte Vierge ; si la procession est longue, on peut y ajouter d’autres chants en l’honneur de la Sainte Vierge, même des cantiques en français, puisqu’il ne s’agit pas d’une action strictement liturgique, ou quelques dizaines de chapelet. Au retour de la procession, on fait une station à l’autel de la Sainte Vierge, au chant du Sub tuum praesidium, avec un verset et une oraison. En certains diocèses, on chante aussi le psaume 19 Exaudiat te Dominus in die tribulationis, choisi à cause de son dernier verset : Domine, salvum fac regem : et exaudi nos in die qua invocaverimus te. (Seigneur, sauvez le roi, et exaucez-nous au jour où nous vous invoquons). On trouvera ce psaume au 2ème nocturne des matines du Saint-Sacrement ; il semble qu’il fasse partie du cérémonial primitif, voulu par Louis XIII. D’après une tradition qui paraît sérieuse, c’est pour le chant de ce psaume que Louis XIII aurait composé lui-même le célèbre ton royal, très souvent employé depuis pour le chant du Magnificat ; c’est donc le cas de l’employer.
        Certains diocèses ont pour la messe de l’Assomption une prose Plaudamus cum superis, dont les deux dernières strophes rappellent le vœu de Louis XIII : Te tota gens obsecrat, Tibi se rex consecrat, Consecrat imperium. — Salva regem Galliae, Ama dici patriae Tutum patrocinium. « La nation entière vous implore ; à vous le roi se consacre, il consacre son royaume. Sauvez le roi de France, aimez à être appelée notre sûr patronage ».
        Nous souhaitons qu’un effort soit fait pour rétablir cette procession votive dans les lieux où elle a disparu. De toute façon, nous devons toujours nous souvenir que la Sainte Vierge est la patronne principale de la France et l’invoquer comme telle. Au jour de l’Assomption, tout en honorant en premier lieu, avec toute l’Église, le mystère de la glorification de Marie en corps et en âme dans le ciel, nous l’invoquerons aussi, selon le vœu du roi Louis XIII, comme la protectrice de notre patrie.

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