jeudi 9 janvier 2014

Editorial Janvier


‘ Enfant-Dieu est venu à Noël apporter la Paix, « Paix aux hommes de bonne volonté » chantent les anges autour de la crèche. Pourtant, Notre-Seigneur nous dit lui-même : « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive.» Cette phrase, Notre-Seigneur la prononce lors du discours aux douze apôtres qui leur explique la mission confiée.
              Ce paradoxe s’explique par deux visions de la paix. Tout d’abord, la paix mondaine -nous pourrions dire bourgeoise- est la recherche du confort avant tout, faisant passer les efforts et la recherche du bien commun après la conservation d’un certain bien-être, d’un confort personnel. La paix mondaine fait donc fuir les contradictions, les épreuves et peut pousser même à accepter d’aller à l’encontre de convictions fondées qui risqueraient de compromettre ce confort. Les conditions positives ne deviennent donc plus un moyen mais un but.
La véritable paix chrétienne est celle donnée par la grâce de Dieu qui unit intimement l’âme à son Créateur. Cette paix exige parfois d’être en butte à l’incompréhension voire même à des vexations ou des persécutions. Dans cette recherche de la vraie paix, le principal, le fondamental, c’est la recherche intime de Dieu, de la Vérité et non de ce que mon sentiment ou mon confort me dicte.
C’est cette véritable paix que nous devons rechercher, malgré fatigues et contradictions. Bien souvent, nous pouvons être tentés de nous lasser ou même de rechercher un lieu plus confortable, moins exposé à la lutte que le monde ne manque pas de mener contre les chrétiens. Mais la véritable paix de Notre-Seigneur est en nos âmes par la grâce de Dieu et si nous faisons tout pour la garder, si nous prenons les moyens pour la développer et pour en vivre, alors nous aurons le moyen de tenir ferme dans le combat qui fait rage.
O Notre Doux Jésus-Enfant, donnez-nous votre paix afin que nous ne soyons pas troublés, emportés par les difficultés de cette vie ; donnez-nous votre paix pour que nous puissions sans nous lasser être vos disciples dans la recherche de la Vérité et de votre Amour.
En ce début d’année, que l’Enfant-Dieu soit notre guide dans la recherche du Royaume Eternel, lieu du repos et de la joie,

Bonne et sainte nouvelle année 2014 !

Abbé Benoît Maître †
Chapelain
      

Du R. P. Séraphin de Paris :
Extraits du sermon XXIX, pour la fête de l’Epiphanie, publié en 1694.


« Il faut sortir au moins de cœur et d'affection du monde pour en pouvoir jouir, comme les mages sortant de Jérusalem, voient leur étoile. (…) Il était impossible qu’ils n’eussent quelque inquiétude de tout ce qu’ils avait remarqué dans Jérusalem. (…)
Je voudrais bien, mes frères, que vous fussiez tous ca­pa­bles de cette consolation, après avoir été longtemps dans l'aveuglement de vos passions, après vous être trouvés enveloppés dans les ténèbres du mon­­de, Dieu vous fît la grâce de vous communiquer ses divines lumières. Qu'une âme est heureuse, qu'elle a de consolation, quand dégoûtée des faux plaisirs des sens, quand revenue de la mo­de et de la vanité du monde, maîtresse de son cœur et de son esprit, contente de Dieu seul, elle suit la lumière de la raison, conduite par la lumière de la grâce ! Mais pour cela il faut, com­me les mages, être hors de Jérusalem, et aller trouver Dieu dans Beth­léem, qui est une maison de pain, c'est-à-dire qu’il ne faut plus que le cœur ait de l'attache au monde ; mais il doit faire sa nour­riture et son plaisir de la parole Dieu, afin de le posséder sans le perdre jamais ; voilà le bonheur de nos mages. (…)

C’est un grand bonheur que de trouver son Sauveur ; mais cette félicité n'est que pour ceux qui l'ont cherché de la manière qu'il veut qu'on le cherche ; plusieurs ne le cherchent point, ils passent toute leur vie à chercher des richesses, d'autres à chercher des plai­sirs, d'autres à chercher des honneurs, ceux-ci à chercher une créa­ture, et ils ne pensent point à chercher Dieu, c'est pourquoi ils ne le trouveront jamais, et ils en seront privés pendant toute l'éter­­nité ; d'autres le cherchent, mais c'est avec tant d'inconstance et d'inégalité, que s'ils le cherchent un jour, ils sont un mois sans penser à lui, ou c'est avec tant de froideur et de lâcheté qu'ils ne veulent ni quitter le monde, ni renoncer à soi-même, ou c'est avec tant d'intérêt qu'ils ne cherchent Dieu que pour en recevoir des biens temporels ; tous ceux-là sont dans un grand danger de ne le point trouver ; il faut donc le chercher comme nos mages, ils quittent leur pays, ils marchent à grandes journées, ils s'exposent à toutes les fatigues d'un long voyage ; ils demeurent peu de temps dans Jérusalem, ils suivent l'étoile qui les conduit, et ils entrent dans la maison où il demeure. Voulez-vous trouver Dieu ? Que votre cœur sorte du monde, qu'il s'éloigne de la créature, qu'il se sépare de vous-même ; marchez vite, allez avec ferveur malgré toutes les répugnances de la chair et des sens, malgré les oppositions et les railleries du monde ; n'écoutez point cela, que rien ne vous arrête, suivez la lumière de la grâce, laissez-vous conduire aux saintes instructions qu'on vous donne, et vous le trouverez. »